Le Baiser

Un projet depuis un point de vue féministe pour la communauté de la rue Topete à Madrid

Projet sélectionné, convocation Imagina Madrid 2017, Intermediae, Matadero, mairie de Madrid

« Le Baiser » (Toxic Lesbian, 2017) est une proposition d’art public et de cyberféminisme, qui cultive le soin et la création de communauté autour du quartier de Bellas Vistas, ainsi que la resignification symbolique de la rue Topete de Madrid et ses mémoires (cartographiques et affectives), grâce à la participation de ses habitants et notamment de ses habitantes à un projet de création communautaire analogique et virtuel. Selon une approche féministe, la base est un aspect essentiel du fonctionnement du tissu humain qui est habituellement invisible, malgré le fait d’être symboliquement ce qui dynamise les communautés : le récit émotionnel des femmes.

Cette initiative apparaît à partir du témoignage des habitantes de Bellas Vistas concernant la problématique du quartier. Étant écoutées, elles portent en elles de profondes convictions pour recomposer les réseaux communautaires, actuellement détériorés, en tant que garants de la sécurité et du bien-être du voisinage. Ce désir latent peut être véhiculé grâce à des initiatives concrètes qui articulent cette proposition. Le projet de création collective part à la recherche pendant plusieurs mois d’une identité plus profonde des relations humaines entre voisines et voisins. « Le Baiser » apparaît ainsi pour faciliter la visibilisation symbolique et esthétique de ces formes de relation. Le souhait de la communauté de participer à l’amélioration ainsi que le travail déjà réalisé par les associations de quartier sont des opportunités importantes dans cette conception.

La méthodologie est de genre -générationnelle, interculturelle (intersectionnalité), concentrée sur le rôle des femmes- rôle primordial et clameur ; considérant les pédagogies critiques et le travail en réseau.

La rue Topete, ayant la plus grande concentration de dominicains d’Europe, pourrait constituer un symbole du quartier de Tetuán grâce à des valeurs de participation citoyenne, cohabitation et interculturalité.

Pièce de netart

Le processus artistique prend forme avec la conception d’une pièce en ligne, qui relate des récits intimes sur les affections, rencontres amoureuses, désamour, contre-amour et la vie privée depuis un point de vue de genre. L’œuvre part à la recherche du témoignage personnel et direct qui aborde à la première personne la face cachée de la description du récit amoureux, de l’amour en tant que laboratoire d’un nouvel ordre social. Ces témoignages font ressortir les relations personnelles, les liens et l’estime de l’autre, la mémoire affective, les rencontres, faisant passer au premier plan l’importance de tout ce qui est symboliquement relationnel dans la communauté. Les clés de construction des récits ne montrent pas des identités spécifiques, mais révèlent uniquement l’intériorité du tissu social pour l’expérience du processus artistique.

L’œuvre de net.art est proposée comme une expérience unipersonnelle esthétique qui fonctionne de façon iconique situant l’épicentre dans la rue Topete. Elle suppose la matérialisation du projet de communication et de médiation dont se nourrit la pièce.

Elle propose spécifiquement l’itinéraire virtuel de la rue Topete de Madrid. En entrant dans l’œuvre avec le même fonctionnement et les mêmes possibilités que le piéton virtuel exerce dans cette application traditionnelle de Google, ses mouvements se contrôlent en avançant, en tournant à gauche ou à droite, ou en contemplant la vue vers le haut. L’expérience du parcours nous permet de passer et de revenir dans la même rue. Au fur et à mesure que nous avançons, nous entendons successivement les voix préenregistrées des voisines, dans de courts intervalles, objet principal du projet. Des portraits ou des images appartenant à la mémoire des habitants de la rue sont également projetés sur la représentation virtuelle de la rue.